À l’aéroport de Bucarest, l’extradition à grand spectacle de Mohamed Amra
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L’homme le plus recherché de France a fait l’objet mardi d’un transfert très médiatisé vers Paris, où il a été mis en examen dès son arrivée.
C’est un beau ciel bleu et un soleil généreux qui se reflètent dans les baies vitrées de l’entrée principale dans la grande halle des départs de l’aéroport international Otopeni “Henri Coanda”, situé à 20 km au nord de Bucarest, la capitale roumaine. Un jour de semaine plutôt tranquille dans cet aéroport d’habitude surchargé. Il est 15h40 (heure locale) quand soudain, sans faire de bruit, 3 véhicules blindés, identiques, s’arrêtent devant l’une des deux entrées principales. Des hommes vêtus de gilets pare-balles, masqués, avec des gros casques sur lesquelles des caméras embarquées GoPro ont été installées, descendent comme des félins des deux premiers véhicules. La porte coulissante du dernier s’ouvre enfin. À l’intérieur, Mohamed Amra est flanqué par deux autres policiers lourdement armés, appartenant à la brigade antiterroriste de Bucarest.
Dehors, les journalistes, vidéastes et photographes de l’ensemble des médias roumains, sont rangés sagement derrière un cordon de police très léger. Un Mohamed Amra souriant - comme à son habitude depuis qu’il a été arrêté par la police roumaine - se fait sortir du blindé et conduire à l’intérieur de l’aérogare, suivi par la cohorte de journalistes qui, désormais, l’entoure et se bouscule pour le filmer de face. Commence alors un “travelling” d’environ deux minutes dans l’un des couloirs qui abrite une rangée de caisses d’enregistrement, fermés pour l’occasion. Amra avance d’un pas assez lent, protégé à gauche et à droite par les policiers encagoulés. Devant et derrière, les journalistes tendent leurs micros en essayant de lui poser des questions. Tout cet ensemble est entouré par des policiers de la sécurité de l’aéroport.
C’est une scène hallucinante, qu’on n’a pas l’habitude de voir en France. Alors qu’ici, en Roumanie, il existe comme une sorte d’entente entre les journalistes et les forces spéciales de la police qui, pour ce type d’opération, aiment bien les mises en scène. Tout le monde y gagne: la presse peut faire des images et la police peut exhiber ses réussites au grand public. Amra, lui, se prête au jeu. Aucun regret sur son visage. Alors que la France entière a retenu son souffle ces trois derniers jours. Au bout de cette “promenade” au milieu des voyageurs insouciants, Mohamed Amra disparaît derrière une porte métallique jaune sur laquelle on peut lire l’inscription “sortie de secours” apposée sur le logo routier de “sens interdit”. On ne le reverra plus. Une demi-heure plus tard, une demi-douzaine de policiers des forces spéciales ressort par cette même porte. Mohamed Amra a, sans aucun doute, été emmené via un long tunnel, vers une zone proche des pistes, pour être embarqué dans un avion Falcon. Il décollera à 16h39 (heure locale) en direction de Villacoublay (Yvelines).
24 heures plus tôt, Mohamed Amra avait fait appel de sa mise en détention à Bucarest, appel jugé tout de suite irrecevable par la justice roumaine. L’homme le plus recherché de France a été remis aux autorités judiciaires nationales dans un délai extrêmement court, grâce à une « excellente coopération, très étroite et très harmonieuse, entre les services de police française et roumaine» c’est félicité le ministre roumain de l’Intérieur. Mardi soir, au micro de France Info, Catalin Predoiu a expliqué qu’une «équipe mixte, nombreuse, composée de policiers très expérimentés, qui se sont synchronisés à plusieurs niveaux, a pu mener la traque du narcotrafiquant sur le sol roumain d’une manière très efficace». Au sujet de cette si rapide extradition, Catalin Predoiu a fait savoir qu’aucune procédure exceptionnelle n’a été mise en place, vu la gravité des faits.
Dans la soirée, à Paris, le parquet a aussitôt mis Mohamed Amra en examen pour meurtres, tentatives de meurtres, évasion, vol et recel de vol, le tout en bande organisée.
lefigaro