Incarcération de Mohamed Amra: pourquoi a-t-il été placé à Condé-sur-Sarthe ?
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FOCUS - Cette prison de haute sécurité a justement été conçue pour accueillir des détenus très sensibles. Placé à l’isolement, il sera encadré par des surveillants «aguerris, professionnels».
De la Roumanie à l’Orne. Mardi, le narcotrafiquant Mohamed Amra s’affichait tout sourire à l’aéroport de Bucarest, menottes au poignet, encadré d’une armada de policiers roumains et de caméras de journalistes. Transféré en France à bord d’un avion Falcon, celui qui se fait appeler «La Mouche» a été présenté à un juge parisien dans la soirée, puis mis en examen pour «meurtres en bande organisée, tentative de meurtres en bande organisée, évasion en bande organisée, vol en bande organisée, recel de vol en bande organisée et association de malfaiteurs». C’est cette fois à bord d’un hélicoptère qu’il a été transporté dans la nuit à la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), encadré par des membres du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN).
Dans cet établissement pénitentiaire de l’ouest de la France, «sans doute l’une de nos deux prisons les plus carcérales», a souligné Gérald Darmanin, le criminel a été placé à un isolement strict. Il aura le droit à «une heure de promenade par jour, seul, sans jamais croiser un autre détenu, deux heures de communication téléphonique écoutée par les services de renseignement, trois visites par semaine extrêmement contrôlées avec des fouilles systématiques», a détaillé le ministre. Depuis la mise en circulation de la prison en 2012, cet imposant bloc de béton en plein bocage normand a accueilli des détenus les plus dangereux, du meurtrier de Laëtitia Perrais Tony Meilhon, le cerveau de l’attentat du RER à Paris en 1995, Smaïn Aït Ali Belkacem ou encore le braqueur multirécidiviste Christophe Khider. Elle est d’ailleurs en lice, avec Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), Saint-Maur (Indre) et la maison centrale d’Arles pour accueillir à partir de juillet les 100 plus gros narcotrafiquants. «Mohamed Amra est-il le premier d’une longue série ?», se demande auprès du Figaro Harold Vallienne, délégué local de la CGT pénitentiaire.
L’architecture de Condé-sur-Sarthe, avec son enceinte dotée d’un glacis de plusieurs dizaines de mètres, et sa technologie - des brouillages de téléphone et anti-drone dernier cri nous cite-t-on en interne - est perçue comme l’une des prisons les plus sûres de France. Au premier janvier 2025, elle hébergeait 102 détenus, pour 135 places, soit un taux d’occupation de 75,6%. À l’inverse d’autres établissements, celui-ci n’est jamais saturé, explique au Figaro Ahmed Saih, secrétaire délégué FO Justice: «C’est volontairement que l’administration ne remplit pas trop ce genre de prisons pour faire des mouvements entre détenus, avoir une marge de manœuvre.» L’idée est de pouvoir changer régulièrement de cellule Mohamed Amra afin qu’il ne «s’acclimate pas trop au lieu».
Dans les rangs des surveillants, on accueille donc la nouvelle avec sérénité. «Ils s’y attendaient un peu», glisse Harold Vallienne. Ce sont des «collègues aguerris, professionnels, ayant sang-froid remarquable. Ils sont habitués et formés à gérer ce type de profils», abonde Ahmed Saih. Toutefois, les agents attendent de l’administration un processus particulier concernant ses auditions à venir devant le juge d’instruction, le juge des libertés et de la détention ou lors de ses confrontations. «Dédier une unité du GIGN à chacune de ses sorties serait un véritable pillage des ressources de l’État», prévient Ahmed Saih, qui plaide pour que l’ensemble de ces actes soient réalisés par visioconférence.
Si la prison de Condé-sur-Sarthe est perçue comme une véritable forteresse, elle a déjà été le théâtre d’une violente attaque islamiste. En mars 2019, le détenu Michaël Chiolo, qui purgeait une peine de trente ans de réclusion pour un crime de droit commun et sa compagne Hanane Aboulhana, qui lui rendait visite, avaient grièvement blessé deux surveillants avec deux couteaux en céramique dans l’enceinte de la prison. Le couple s’était ensuite retranché pendant près de dix heures dans l’unité de vie familiale (UVF) de l’établissement ultra-sécurisé. Après plusieurs tentatives de négociations, les forces d’intervention de la police avaient lancé l’assaut, blessant l’assaillant et tuant Hanane Aboulhana. Les investigations ont révélé que le projet d’attentat ciblait également le directeur de la prison et des membres de la commission de l’application des peines. Le procès doit se dérouler en juin prochain.
Pour l’heure, les représentants syndicaux doutent que «La Mouche» soit «en mesure de mettre en difficulté l’établissement». Mais sur du long terme, le milieu du narcotrafic pourrait être en capacité de rassembler d’importants moyens financiers pour l’organisation d’une action violente, par exemple au domicile d’un surveillant, où des complices pourraient faire pression sur sa famille. Pour l’ensemble des surveillants, le drame d’Incarville, où deux des leurs sont tombés sous les balles de proches de Mohamed Amra, en mai 2024 est encore dans les esprits. «Nous ne sommes pas capables de garantir qu’une (telle évasion) ne se reproduise pas», a d’ailleurs admis Gérald Darmanin devant la presse ce mercredi.
lefigaro